Choisir un architecte, ce n’est pas “trouver quelqu’un qui dessine bien”. En Suisse, votre architecte (ou votre équipe de planification) va surtout sécuriser trois choses : la faisabilité (règles communales/cantonales, permis), la maîtrise des coûts et la tenue du calendrier. Un mauvais choix ne se voit pas forcément sur les premières esquisses : il se voit quand le permis traîne, que les offres des entreprises explosent le budget, ou que le chantier accumule des décisions floues.
L’objectif de cet article : vous donner 6 critères concrets (vérifiables) et une liste de questions utiles dès le premier rendez-vous, pour comparer des offres “à périmètre égal” et réduire les surprises.
Avant de comparer des architectes : clarifiez votre projet en 45 minutes
Vous gagnerez du temps (et vous obtiendrez des réponses plus fiables) si vous arrivez avec un minimum de matière. Pas besoin d’un dossier complet, mais au moins :
- Votre objectif : construire, rénover, surélever, transformer, regrouper des lots, etc.
- Vos priorités : surfaces, nombre de pièces, lumière, niveau de finitions, performance énergétique, délais, etc.
- Une fourchette de budget réaliste (même large) et votre marge de tolérance.
- Vos contraintes : terrain, copropriété, servitudes, voisins, accès chantier, patrimoine, etc.
- Votre calendrier : “idéalement”, mais aussi “au plus tard”.
C’est aussi là que vous décidez si vous cherchez :
- un architecte qui fait la conception et vous accompagne jusqu’au permis seulement,
- ou une mission complète jusqu’à la réalisation (appels d’offres, direction des travaux, etc.).
En Suisse, les prestations sont souvent structurées par phases de projet. La norme SIA 112 (modèle d’étude et de conduite de projet) décrit un déroulement en phases et clarifie rôles et livrables attendus : c’est une bonne grille de lecture, même si vous ne lisez pas la norme.
Les 6 critères concrets pour choisir votre architecte
Critère 1 — Mandat clair : qui fait quoi, jusqu’où, et à quel moment ?
Le premier piège, c’est de comparer des prix… alors que le périmètre n’est pas le même.
Dès le premier rendez-vous, vérifiez :
- quelles phases sont incluses (faisabilité, avant-projet, mise à l’enquête/permis, appels d’offres, réalisation, mise en service),
- qui fait la direction des travaux (architecte, bureau partenaire, tiers),
- qui gère les ingénieurs et spécialistes (structure, CVSE, physique du bâtiment),
- comment sont traités les “hors périmètre” (variantes, demandes supplémentaires, modifications en cours de route).
Selon les recommandations de la SIA, l’association professionnelle de référence en Suisse pour les métiers de la construction (ingénieurs et architectes), un projet bien cadré repose sur des rôles et responsabilités définis et sur une collaboration “dans les règles de l’art”.
Point concret : demandez à voir un exemple de “cahier des charges” ou de descriptif de prestations (même anonymisé). Si l’architecte ne sait pas expliciter ce qu’il livre à chaque étape, vous risquez de naviguer à vue.
Signaux d’alerte :
- “On verra plus tard” sur le périmètre.
- “Le permis, c’est une formalité” (ça dépend énormément des communes, des gabarits, des oppositions).
- Une mission “complète” décrite en deux lignes.
Critère 2 — Expérience pertinente : pas “bon”, mais “bon pour votre cas”
Un portfolio impressionnant peut cacher un mauvais fit. Vous cherchez surtout quelqu’un qui connaît votre type de projet et vos contraintes :
- même catégorie (villa, immeuble, PPE, rénovation lourde, transformation en site occupé),
- même niveau de complexité (terrain en pente, contraintes patrimoniales, accès chantier difficile),
- et idéalement la même région (les pratiques et attentes varient selon cantons/communes).
Ce que vous pouvez vérifier facilement :
- références récentes comparables (pas seulement des concours ou des images),
- photos “chantier” et “livré” (ça dit beaucoup sur la maîtrise technique),
- capacité à expliquer les compromis (coût vs qualité vs délai) sur un projet concret.
Signaux d’alerte :
- uniquement des rendus, peu d’exemples réalisés,
- impossibilité de citer un projet “comparable”,
- discours très esthétique, très peu opérationnel.
Critère 3 — Maîtrise des coûts : méthode, transparence, et discipline
En Suisse, la plupart des dépassements de budget viennent de trois causes :
- estimation trop optimiste au début,
- périmètre qui dérive (“tant qu’on y est…”),
- appels d’offres mal préparés ou trop tardifs.
Vous voulez une méthode, pas une promesse. Concrètement, demandez :
- à quel moment le coût devient fiable (et ce que “fiable” signifie pour eux),
- comment ils construisent le budget (références, métrés, comparaison d’offres),
- comment ils arbitrent si le budget ne tient pas (réduction de surfaces, choix techniques, phasage).
La SIA met aussi à disposition des références sur la manière de situer les coûts selon l’état du projet et ses phases : plus vous avancez dans les phases, plus l’information se précise, et l’estimation doit évoluer avec transparence.
Point critique : méfiez-vous d’un architecte qui “valide” votre budget sans questionner vos exigences (surfaces, finitions, contraintes). Le bon réflexe, c’est au contraire de tester la solidité de votre enveloppe dès l’esquisse.
Signaux d’alerte :
- budget accepté sans discussion,
- aucune stratégie si les offres entreprises dépassent,
- refus de clarifier les inclus/exclus (cuisines, extérieurs, taxes, honoraires, etc.).
Critère 4 — Processus de travail : décisions, communication, disponibilité
Un projet se joue sur la qualité des décisions. Vous avez besoin d’un cadre :
- fréquence des points (hebdo/bi-hebdo selon phase),
- supports (compte-rendu, liste de décisions, planning),
- gestion des validations (ce qui est “décidé” vs “en discussion”),
- un interlocuteur clairement identifié (et un remplaçant en cas d’absence).
Demandez aussi qui travaille réellement sur votre dossier : associé, chef de projet, dessinateur, direction des travaux. La qualité dépend souvent plus de l’équipe dédiée que du nom sur la plaque.
Signaux d’alerte :
- réponses floues sur la disponibilité,
- pas de méthode de suivi écrite,
- “on improvise selon le chantier”.
Critère 5 — Compétences techniques et énergie : éviter les surprises réglementaires
En Suisse, les exigences énergétiques et une partie des règles de construction sont très dépendantes des cantons. L’OFEN (Office fédéral de l’énergie) rappelle que la Confédération a un rôle subsidiaire et que les mesures touchant à la consommation d’énergie dans les bâtiments relèvent d’abord des cantons.
Concrètement, ça veut dire : votre architecte doit être à l’aise avec la coordination énergétique locale et avec les spécialistes (physique du bâtiment, techniques du bâtiment), surtout en rénovation.
Un repère utile : l’EnDK (Conférence des directeurs cantonaux de l’énergie) porte le MuKEn/MoPEC, un “ensemble modulaire” visant à harmoniser les prescriptions énergétiques cantonales et à simplifier les procédures pour les maîtres d’ouvrage.
Et si vous visez un standard de qualité/énergie, Minergie (label suisse) peut être un objectif clair : il vise confort, efficacité énergétique et protection du climat, avec des exigences connues et vérifiables.
Questions très concrètes à poser :
- “Qui fait le concept énergétique : vous, un partenaire, un bureau spécialisé ?”
- “À quel moment on valide les choix de chauffage/ventilation et leurs impacts permis/budget ?”
- “Comment évitez-vous la surchauffe estivale (orientation, protections, ventilation) ?”
Signaux d’alerte :
- énergie traitée “en fin de projet”,
- discours standardisé sans lien avec votre bâtiment,
- confusion entre “label” (volontaire) et “exigences légales” (obligatoires).
Critère 6 — Contrat et relation : cadre, modifications, assurances
Vous ne cherchez pas seulement un prestataire : vous cherchez une relation de travail robuste, parce que votre projet va évoluer.
Un point de départ très utilisé en Suisse : le contrat SIA, qui encadre la relation entre maître d’ouvrage et mandataire, et formalise devoirs et droits de chacun selon des pratiques de transparence et de loyauté.
À vérifier avant de vous engager :
- comment sont traitées les modifications (avenants, impacts coûts/délais),
- qui assume quoi en cas d’erreur de planification ou de coordination,
- quelles assurances et responsabilités sont en place,
- comment sont gérés les conflits d’intérêts (entreprises “préférées”, commissions, etc.).
Signaux d’alerte :
- refus de formaliser les changements,
- pas de documentation contractuelle claire,
- pression pour signer vite.
Questions à poser au premier rendez-vous (et pourquoi)
L’idée n’est pas d’interroger “à la chaîne”, mais de tester : clarté, méthode, transparence.
| Thème | Questions à poser | Ce que vous cherchez à vérifier |
|---|---|---|
| Projet et priorités | Qu’est-ce qui vous semble le plus risqué dans mon projet ? Quelles informations vous manquent pour être à l’aise ? | Capacité à diagnostiquer, pas à séduire |
| Faisabilité / permis | Quels points peuvent bloquer au permis dans ma commune/situation ? Comment les testez-vous tôt ? | Réalisme, expérience locale, méthode |
| Périmètre de mission | Quelles phases sont incluses ? Qui fait la direction des travaux ? Qui coordonne les ingénieurs ? | Mandat comparable et complet |
| Coûts | À quel moment le budget devient fiable ? Comment réagissez-vous si les offres dépassent ? | Discipline budgétaire et plan B |
| Planning | Quel calendrier type proposez-vous, et où sont les zones d’incertitude ? | Vision et prudence (pas de promesses) |
| Communication | À quelle fréquence se voit-on ? Qui rédige les comptes-rendus ? Comment validez-vous les décisions ? | Organisation, traçabilité |
| Équipe | Qui travaille sur mon dossier au quotidien ? Quel est votre mode de supervision ? | Qualité réelle de l’équipe |
| Appels d’offres | Comment préparez-vous les dossiers pour limiter les variantes et “surprises” entreprises ? | Savoir-faire opérationnel |
| Changements | Comment gérez-vous les demandes en cours de route ? Avenants, impacts coûts/délais ? | Clarté contractuelle |
| Références | Pouvez-vous me citer 2 projets similaires (budget/complexité) et ce que vous referiez différemment ? | Honnêteté, retour d’expérience |
Comprendre et comparer les honoraires : l’essentiel (sans se faire piéger)
En Suisse, ce qui compte n’est pas seulement “combien”, mais “pour quoi”, “comment” et “avec quelle règle quand ça change”.
Voici une grille simple pour comparer, sans vous perdre dans les détails :
| Mode de rémunération | Quand c’est adapté | Points de vigilance | Questions à poser |
|---|---|---|---|
| Au temps (taux horaire) | Début de projet, faisabilité, rénovation complexe | Risque de dérive si le périmètre n’est pas cadré | Quel budget-temps par phase ? Quel reporting (heures, livrables) ? |
| Forfait | Périmètre stable, livrables bien définis | Forfait “bas” puis avenants nombreux | Qu’est-ce qui est inclus/exclu ? À partir de quoi il y a avenant ? |
| Prix global | Mission complète avec cadre clair, parfois indexé | Peut masquer des hypothèses (qualité, détails, variantes) | Quelles hypothèses de base ? Comment sont traitées les variantes ? |
Dans les règlements SIA concernant les prestations et honoraires, plusieurs modes de calcul existent (notamment selon le temps employé effectif, forfaitaire ou global) : ce n’est pas “bon” ou “mauvais” en soi. Le point clé, c’est la lisibilité du périmètre et la gestion des changements. ([cms.sia.ch][8])
Conseil critique : ne demandez pas “un prix” trop tôt. Demandez un cadre : phases incluses, livrables, hypothèses, règle de modification, et estimation progressive.
Les pièges fréquents (et comment les éviter)
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Choisir sur le style plutôt que sur la méthode Un architecte peut être excellent en conception et faible en exécution (ou l’inverse). Votre projet a besoin des deux, ou d’une équipe qui couvre les deux.
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Comparer des offres non comparables Deux propositions au même prix peuvent cacher des missions très différentes (direction des travaux incluse ou non, appels d’offres complets ou partiels, coordination des spécialistes, etc.). Revenez toujours au périmètre.
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Sous-estimer le permis et l’administratif Entre règles locales, consultations, oppositions éventuelles et ajustements, le permis n’est pas un simple tampon. Le bon architecte intègre cette incertitude dans le planning et teste les points sensibles tôt.
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Penser que “le budget est fixé” parce qu’il est annoncé Un budget n’est maîtrisé que si la méthode est claire : estimation au bon moment, arbitrages, appels d’offres structurés, et décisions traçables.
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Laisser les changements s’accumuler sans cadrage La dérive budgétaire vient souvent d’une suite de “petites” décisions non chiffrées. Exigez une règle simple : pas de changement validé sans impact coût/délai.
Après le rendez-vous : mini-checklist de décision
Après 2–3 premiers rendez-vous, notez à froid :
- Ai-je compris exactement ce qui est inclus dans la mission ?
- Ai-je confiance dans leur capacité à dire “non” et à arbitrer ?
- Ont-ils une méthode pour le budget, pas seulement un avis ?
- L’équipe présentée est-elle celle qui travaillera vraiment ?
- Ont-ils identifié les risques spécifiques à mon projet ?
- Leur façon de communiquer me convient-elle sur 12–24 mois ?
Si vous ne deviez retenir qu’une règle : choisissez l’architecte qui rend votre projet plus prévisible (périmètre, coûts, délais), pas celui qui vous promet le scénario idéal.
FAQ
Quel budget pour construire une maison en Suisse ?
Pour la construction seule, on voit souvent des fourchettes de plusieurs milliers de CHF par m² selon le niveau de finition et la complexité. Ensuite, il faut ajouter le terrain et les frais annexes, qui peuvent être déterminants selon la région.
Combien de temps faut-il pour construire ?
En pratique : plusieurs mois de conception + procédure de permis + 9 à 18 mois de chantier sont courants, avec une forte variabilité si opposition ou complexité.
Le permis de construire prend-il toujours longtemps ?
Non : certaines communes annoncent des délais courts si le dossier est complet et sans opposition. Mais il existe aussi des cas où la procédure s’allonge fortement (oppositions/recours, exigences supplémentaires).
Est-ce “obligatoire” de viser un label énergétique ?
Ce n’est pas la seule voie, mais les exigences cantonales inspirées par EnDK / MuKEn poussent vers une haute performance énergétique, et la direction soutenue par l’OFEN va clairement vers la sortie des solutions fossiles. Minergie reste une option intéressante si vous voulez cadrer la qualité, à condition de maîtriser l’exécution.
À quoi sert l’OFL pour un projet de maison ?
L’OFL, l’Office fédéral du logement, intervient surtout sur des thématiques de politique du logement et d’encouragement (plutôt côté logement d’utilité publique), mais ses publications et communications donnent un contexte utile sur l’évolution des coûts et du marché du logement.
